" Nous étions 9 à nous lancer sur les différentes distances de cette édition du
Trail de Haute Provence 2026 à Forcalquier dont 5 sur la version 160 km. Situé
à mi-hauteur entre plaines et montagnes, à la rencontre du monde alpin et du
monde méditerranéen, Forcalquier est la capitale de la Haute Provence, dominé
par la Montagne de Lure (1820 m).

Il s’agissait de mon premier 100 miles. La version initiale
était de 166 km avec 7200m D+, mais en raison du vent fort sur les crêtes, le
parcours de repli (142 km et 6000m D+) a été acté avec le kit grand froid.
Selon les organisateurs, la température ressentie était très glaciale, vers -10
degrés. Cette photo a été pris à la station de Lure le vendredi midi (6h avant
le départ) avec la neige et la grêle.
Le départ a eu lieu à 18 h le vendredi, pour les deux
courses de 120 km et 160 km. Heureusement il faisait beau en fin journée.
Encouragés par le public, par une chanson épique provençale, les 600 coureurs
et coureuses s'engageaient pour une aventure de 40h.

Chacun porte sa propre histoire mais tous marchent vers la
même montagne.

Les premiers 20 km se sont déroulés de manière très
agréable, on rigolait, on profitait du beau temps. Les herbes aromatiques
parfument le long du sentier avant le coucher du soleil. Le thym nous faisait
penser à un cote de bœuf à la provençale, quelle motivation 😊


Voici le calme de la montagne avant la tempête
Mais tout a changé lorsque la nuit est tombée et que nous avons commencé à
monter vers les crêtes. Ici, tout commence dans la Provence sauvage. Sur la
montagne de Lure, on avance, on s'engage. Ici, on ne triche pas face à la
nature. Le souffle de Lure, il ne crie jamais mais il ne ment pas non plus. Des
rafales de 100 km/h nous poussaient dans tous les sens, on avançait à peine de
quelques kilomètres par heure, cela donne une sensation d'impuissance face à la
nature en colère. Bien contents au moment d'arriver à la première base de vie à
la station de Lure, le Caillou (km 50), un bon plat chaud réconfortant nous a
donné du moral et de l’énergie pour poursuivre la montée vers le sommet de la
montagne de Lure (1820 m).

Avec le parcours de repli, nous ne sommes montés qu'à 1700 m
pour éviter les vents violents du nord. Enfin, je n'ai aucune idée de comment
j'ai pu passer ces 15 km au sommet de Lure. Après le sommet, cela descendait.
Ensuite, le sentier plongeait vers la Combe de la Sappée, sauvage, pierreuse et
le passage devant la superbe abbaye de Notre-Dame de Lure.
La nuit s’effaçait doucement, les fronts sont calmes, les regards fiers. Sous
le ciel clair, la Provence s’éveillait en silence entre le sauvage et les
pierres.

Une belle journée s’annonçait devant nous et on voit bien de
loin le massif de Mercantour

Un autre œuf chanceux que je l’ai porté avec moi pendant
24h 😊

La deuxième base de vie (km 82) se trouve à
Saint-Étienne-les-Orgues, village blotti au pied de Lure, véritable porte entre
montagne et plaine avec les bénévoles géniaux et souriants comme d’habitude.

Le parcours ondule ensuite vers Montlaux puis poursuit son chemin
vers Lurs (km 115) dernier ravitaillement pour une ultime préparation
avant le final.
Sur la route de Fontienne, s’étend un paysage sauvage et
fascinant, aux rochers curieusement sculptés par l’érosion : Le plateau des
Mourres. Ce plateau est peuplé d'étranges concrétions calcaires qui ressemblent
parfois à des visages, d'où le nom « Mourres » qui veut dire figure, tronche en
provençal. A vous de découvrir s’il s’agit de têtes, de champignons 😊.

La deuxième nuit arrivait. Il me restait environ 20km pour
boucler la course. J’ai pris du temps pour parler, discuter avec les amis
coureurs, j’ai rencontré les gens, les miliaires, les mamies et les papis. On
parlait de la nourriture au ravito, du paysage de ce magnifique région, du
sport, et même de l’investissement dans la finance. Personne ne juge l’allure à
ce stade seul compte la volonté. La montagne de Lure ne te promet rien, mais si
tu vas au bout de toi-même, elle te récompensera.
Enfin, la citadelle de Forcalquier apparaît, fière et
lumineuse. On marchait dans ses ruelles, le long de la cathédrale, avant de
franchir la ligne d'arrivée.
Regarde autour de toi, tu es exactement la ou tu dois être.
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